lundi 6 avril 2020

Confinement (1)



Tels des cénobites,

          nous mangions en silence…

          

Nous enfoncions une marmite dans la gueule
du poêle, une marmite en vieil aluminium,
afin d’y faire cuire les pommes de terre
dont nous avions jeté les pelures par terre

qui seraient promenées pour prendre la poussière
partout dans la chambre, c’était notre façon
de nettoyer (nous vivions comme des sauvages,
je ne pense pas que nous changions nos couchages
très souvent, ni que nous nous lavions les parties).
Quand les pommes de terre étaient à point bouillies,
nous mettions une poêle sur le poêle afin
d’y faire cuire quelque viande, une saucisse
achetée dans une triperie du quartier

présentant en vitrine des choses bizarres,
fabriquées avec les déchets d’un porc dont on
sait bien que tout le corps est partout comestible,

nous mangions ce dîner assis dans un fauteuil
avec notre assiette posée sur nos genoux,
pour boire nous avions peut-être de la bière, 
peut-être chauffions-nous une soupe en sachet,
nous mangions en silence tels des cénobites

qui n’ont plus rien à se dire depuis longtemps
et qui en mâchonnant leur nourriture oublient
la vie future et infinie qui les attend.

William Cliff, le Temps, suivi de Notre-Dame, éd. la Table ronde, 

vendredi 3 avril 2020

Poissons (suite)



Le poisson rouge a des envies

Hagard, il regarde  la gare.

Le train s'en va, les trains s'en vont, là-bas, au grand bout de leurs railsqui s'enlisent et qui frisent vers l'écran mauve de l'horizon.

Où vont les trains des poissons verts, couchés dans leurs sleepings de glace et ornés d'algues ?
Où partent les daurades et les éperlans blancs, les flétans effilés et les morues pataudes, les baudroies grimacières, les truites élégantes aux habits de gala et les saumons parés de splendeurs d'apparat ?

Et le poisson se dit : « Et moi, quand partirai-je? Je n'ai jamais goûté le sel des grands espaces, le frisson des courants ni le soleil des fleuves. Et mon habit se fane aux tubes de néon et mes nageoires se lassent de ces eaux insipides, de ces daphnies séchées et des miettes molles. Si un jour je partais vers des mers ignorées, je serais le requin si fort et si tranquille fendant l'écume en couperet. Ou bien l'anguille verte plongeant dans les abysses, le carrelet tout plat ou la plie dépliée, l'hippocampe indompté que chevauche l'orage ou l'esturgeon osseux porteur de milliers d'œufs.

Donnez-moi des nageoires à vaincre les tempêtes, je voudrais découvrir le goût des eaux saumâtres et voir par en - dessous la banquise enneigée, je voudrais m'élancer par-dessus les torrents et créer l'arc-en-ciel et puis plonger mes opercules au grand fin fond de l'océan.

À quoi bon... Je voudrais tant partir… Et même comme vous sur vos lits mortuaires pour découvrir d'un plat, dans un dernier clin d'œil, les ors des restaurants, les lumières et les bruits et les parfums des femmes, les vapeurs enivrantes des vins, sentir dans mes filets la carcasse acérée d'un couvert en argent et m'engloutir enfin au fond du bain exquis d'une sauce aux épices... ».

Mais, entre deux vases pleins d'anémones et d'œillets, sur le haut du guichet où l'on vend des billets, le poisson rouge n'est qu'un bouquet  qui nage.                                  
René Escudié

mercredi 1 avril 2020

Poissons…


Les poissons, les nageurs, les bateaux
Transforment l'eau.
L'eau est douce et ne bouge
Que pour ce qui la touche.

Le poisson avance
Comme un doigt dans un gant.
Le nageur danse lentement
Et la voile respire.

Mais l'eau douce bouge
Pour ce qui la touche.
Pour le poisson, pour le nageur, pour le bateau
Qu'elle porte
Et qu'elle emporte.

Paul Éluard

samedi 28 mars 2020

Dans l'immobile




Dans l'immobile
De ma vie intérieure
Solitude tranquille
Feutrée par l'épaisseur

Dans le noir lumineux
De ma vie intérieure
Être à soi un pour deux
Mesurer la lenteur



                              Arielle Burgelin
                              Vie intérieure
                              in C'était un peu bruyant, éd. Otrante

mercredi 25 mars 2020

Ouf ! Dit la Terre…




Ouf ! dit la Terre…

Le silence respire

          respire de plus en plus grand

le silence des océans,

            des déserts

                        des montagnes

s’étire sur tous les continents

            se glisse dans chaque rue

                        jusqu’aux boulevards, aux avenues


Les abeilles s’éveillent

          sans crainte, sans peur

                    toutes à leur miel


Les oiseaux, les papillons

            planent et voltigent à leur aise

                     tous en gigantesques arabesques


Les fleurs s’épanouissent et dansent

          le long des routes vides

                    toutes à leurs parfums


Le monde respire en silence

           dans une paix de premier jour

                      respirons le chaque jour


le monde respire en silence

          dans toutes ses beautés

                      regardons le, chaque jour


Dans l'amour et le silence

            accueillons le, aimons le…

jeanPaul

lundi 16 mars 2020

Premières escapades printanières




Le lac de Frace

Près du bourg d'Aigrefeuille-d'Aunis

au nord de Rochefort, dans les terres,

une randonnée légère, facile…


Histoire de découvrir des contrées nouvelles,

de sortir de notre nouveau nid charentais…

Histoire d'échapper notre TopoGuide dans l'eau

de le pêcher, de le laisser sécher dans le vent léger…

http://www.mairie-aigrefeuille.fr/aigrefeuille-aunis/en-1-clic/lac-de-frace



La pointe du Chay

Deux jours plus tard, toujours cap au nord

mais sur les bords de l'océan,

sur la commune d'Angoulins-sur-Mer,

la pointe du Chay est une étroite presqu'île en direction de l'ouest…


Falaise de couches sédimentaires calcaires du Jurassique supérieur

où alternent calcaires durs et bandes de marne calcaire,

avec à ses pieds la présence de fossiles animaux marins…

http://www.angoulins.fr/vivre-sa-ville/patrimoine-naturel-environnement-littoral/la-pointe-du-chay.html,1,105,50,0,0

dimanche 8 mars 2020

Printemps des poètes 2020



La saison du courage
Eau humble jetée sur le printemps
Courber l’échine, aller contre le vent
Ouvrir aux femmes opprimées, piétinées
Une espérance derrière les fenêtres
Résister, s’évader, survivre
Aimer à corps perdu
Garder les mots en vie
Et puis rire toute une éternité dedans la terre
Acrostiche réalisé à partir de fragments de poèmes de : Peter Bakowski, Louise Dupré, Edwin Madrid, Anita Bharti, Hélène Dorion, Michel Dunand, Dimitri Porcu, Luis Mizon, Alexei Bueno.

Clap de fin rue Meyer !

      Sardines grillées… … au barbecue du fond du jardinet… Ce jeudi 28 mai, alors que la première canicule s'installe, je décide de fai...