lundi 6 avril 2020

Confinement (1)



Tels des cénobites,

          nous mangions en silence…

          

Nous enfoncions une marmite dans la gueule
du poêle, une marmite en vieil aluminium,
afin d’y faire cuire les pommes de terre
dont nous avions jeté les pelures par terre

qui seraient promenées pour prendre la poussière
partout dans la chambre, c’était notre façon
de nettoyer (nous vivions comme des sauvages,
je ne pense pas que nous changions nos couchages
très souvent, ni que nous nous lavions les parties).
Quand les pommes de terre étaient à point bouillies,
nous mettions une poêle sur le poêle afin
d’y faire cuire quelque viande, une saucisse
achetée dans une triperie du quartier

présentant en vitrine des choses bizarres,
fabriquées avec les déchets d’un porc dont on
sait bien que tout le corps est partout comestible,

nous mangions ce dîner assis dans un fauteuil
avec notre assiette posée sur nos genoux,
pour boire nous avions peut-être de la bière, 
peut-être chauffions-nous une soupe en sachet,
nous mangions en silence tels des cénobites

qui n’ont plus rien à se dire depuis longtemps
et qui en mâchonnant leur nourriture oublient
la vie future et infinie qui les attend.

William Cliff, le Temps, suivi de Notre-Dame, éd. la Table ronde, 

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