mercredi 20 mai 2020

Le long du Mignon




Escapade en pays d'Aunis

Lors de nos cinq années vécues en Saintonge,

nous avons ignoré les terres de l'Aunis

la région nord de la Charente-Maritime…

Première semaine de déconfinement :

cap aux limites du département, aux portes des Deux-Sèvres

sur les rives du Mignon, gentil affluent de la Sèvre niortaise…

Nous voici donc à Cram-Chaban aux portes du Marais poitevin

près du canal du Mignon, à la recherche des écluses de Sazay.

Elle était si grande la joie qu'elle jaillissait  la rivière

elle jaillissait la source entre les herbes et pissait en riant


Si grande si grande qu'au-dessus des iris d'eau gambillaient les étoiles

et flottaient au vent d'ouest des lambeaux nébuleuses grande gaité des astres

et les jaunes gonflés des sucs de la mémoire de ce jour


La joie se balançait tout au long du chemin échevelé des hautes herbes

aux arbres neufs y avait la feuille tendre et le bouton volontaire

aux champs y avait l'herbe la vache et le mouton

aux cieux y avait l'oiseau et de doux mirlitons

aux murs du canal tranquille y avait l'lézard et le colimaçon
D'après La fête au village in Si tu t'imagines
de Raymond Queneau


jeudi 14 mai 2020

Le jour d'après… (4)


Le jour d'après… (fin)


Le jour d’après, réaliser un conte digne
afin de saluer la beauté, toutes les beautés
ne plus se contenter d’à peu près,
oublier les vieilles habitudes,  éternelle fuite en avant,
faire son métier de Femme, d’Homme,
secouer la sciure, les oripeaux du temps, 
reprendre la barre, naviguer, dépasser l’horizon
l’horizon bouché par nos petites querelles…

Le jour d’après, se réveiller enfin, debout !
ne plus se contenter d’un lit de cendre froide
réveiller à l’encre rouge sa mémoire assoupie,
vivants, oui nous sommes vivants, debout !
une lame de silex, telle une écharde bleue
déchire les chairs pourpres de nos cieux
obscurcis par tant de faiblesse et de paresse
alors que se lève le soleil et s’ouvre le chemin…
Jean-Paul C.
J’ai compris aussi l’avantage de l’immobilité sur un point du monde :
en regardant tourner les saisons sur un même lieu, on voyage toujours ; on voyage avec la Terre.
                                                                                                                                                                          Marguerite Yourcenar

mercredi 13 mai 2020

Le jour d'après… (3)



Le jour d'après… (suite)


Le jour d’après, la fumée se dissipe, se dissout
derrière tes paupières irisées d’écume
tes yeux émaillés de rêves lointains
tels des pétales de nuit dispersés
par des souffles profonds venus de loin
découvrent des cyprès de silence
des collines tendres et tièdes
peuplées de sourires inhabituels…

Le jour d’après, il nous faut l’inventer
le faire, le créer, le nourrir, l’écrire,
— oui — l’écrire, l’écrire à l’encre rouge
dans le brouillon de chaque jour,
écrire, c’est faire vivre,
c’est imaginer et dessiner des lumières,
même si toute époque a un avenir
qui meurt avec elle, lentement mais respire…

(à suivre…) 

Jean-Paul C.

mardi 12 mai 2020

Le jour d'après… (2)



Le jour d'après (suite)

Le jour d’après, tu cherches autour, alentour
jusqu’au creux de toi-même
et cet air là se transforme et prend chair
car les morts ne sont pas oubliés
non, ils sont bien là,
les entends-tu ? les vois-tu ?
au-dessus des peupliers,
au-dessus de leurs silhouettes tremblées…

Le jour d’après, les voix s’élèvent
de l’autre côté de l’écran, bleu peut-être
poussées par le vent, d’ouest peut-être
des voix connues et inconnues
c’est ta mère, c’est ton père
qui chantent autour, alentour
en dedans même comme des vapeurs iodées
jetées sur les galets encore mouillés…

(à suivre)
Jean-Paul C.

lundi 11 mai 2020

Le jour d'après… (1)



Le jour d’après…

Tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre.
Blaise Pascal

Le jour d’après, c’est comme un immense réservoir
un réservoir de rêves, de souhaits, d’espoir, d’espérance,
une immense page blanche sans format…
un brouillon, une esquisse, un trait, 
un dessin, un destin, un dessein, 
mais incontestablement là — ou parfois, dans le doute
nulle flamme, nul signe d’espoir, nulle trace de vie
pas la moindre odeur, le moindre frisson, noir…

 Le jour d’après, tu cherches à travers le brouillard blanc
incolore, inodore, le sens du fleuve…
tu cherches des pans entiers d’un monde vivant
un monde devenu imprécis, mais encore vivant,
entends-tu son souffle : inspirexpire…
un monde où refont surface des voix d’ailleurs
— anges ? fantômes ? chants ? odes ? louanges ? —
comme des notes d’arabesques, des airs inconnus…
(à suivre…)
Jean-Paul C.

jeudi 7 mai 2020

Confinement (8)


Lune des fenêtres…

Les hommes glissent comme des poissons
Derrière la lumière de lune des fenêtres
Combien de fois par semaine faut-il changer l'eau du théâtre ?
Sur l'écran de télé les morts heureux demandent
Qu'on applaudisse leur imitation de la joie
Mes trois plantes n'ont jamais tremblé
Quand je fais entrer le vent à petite toux dans la maison.

 Emmanuel Godo
Extrait de Puisque la vie est rouge

samedi 2 mai 2020

Confinement (7)


Murs de ma prison…

Je suis amoureux de la lune…
Mon cœur qu'un vain rêve importune
Est fleur qui ne s'épanouit
Que sous la lune et dans la nuit…
Il n'est de rêve qu'âme une…

Mes heures conscientes sont
Passées dans mon propre horizon…
Courbé de mon lointain, je rêve
Ma propre absence, et je m'enlève
À mon corps, murs de ma prison…

                                                                                                                     Fernando Pessoa
                                                                                                                     Extrait de Rue transversale,
                                                                                                                     dans Poèmes français

Clap de fin rue Meyer !

      Sardines grillées… … au barbecue du fond du jardinet… Ce jeudi 28 mai, alors que la première canicule s'installe, je décide de fai...