Séjour à Nîmes et partages avec Maria
lecture dans le train, lecture près des arènes
et c'est Rimbaud qui m'accompagne
grâce à Alain Blottière et son Azur noir…
« Il vit Rimbaud retirer sa veste et la tenir à l'épaule, prendre la rue de
Strasbourg puis s'engager dans le boulevard de Magenta vers le nord. Cette fois, il
lui semblait certainement que Paris déjà lui appartenait et qu'il n'allait plus jamais
en repartir. Verlaine avait été empêché, devait-il penser, et l'attendait chez lui. Il
lui avait donné son adresse, rue Nicolet à Montmartre, tout près de la gare.»
Léo vient d'emménager avec sa mère à Montmartre, à l'endroit même où
Verlaine et Rimbaud se sont rencontrés et aimés cent cinquante ans plus tôt.
Durant un été caniculaire de « fin du monde», alors qu'il croit devenir aveugle,
le garçon voit renaître le Paris des deux poètes et en fait son ultime refuge.
Avec Azur Noir, Alain Blottière poursuit sa série de portraits d'adolescents
confrontés à la violence du monde, commentée avec Le tombeau de Tomny.
J'ai embrassé le crépuscule d'hiver ce soir là. Rien — ou presque rien —
ne bougeait au fond du palais. Les ombres ne quittaient pas la route plantée…
J'ai marché sur le pavé froid réveillant le toréador figé dans le plomb :
les pierres des arènes me regardèrent, les voiles du musée vide frémirent…
Alors je levai une à une les traces du jour en bout de course dans l'allée
en accélérant un peu le pas, les bras collés de frimas…
La grande ville, je fuyais parmi les déesses et les dômes, et, courant
comme un mendiant sur les marches d'un palais oublié
j'allais à la rencontre des étoiles, d'une lune à venir…
D'après Aube de Arthur Rimbaud